L’aménagement du territoire transforme nos milieux de vie. Nos experts décortiquent les enjeux soulevés par l’actualité et vous partagent les nouvelles et les idées qui nous font avancer ensemble.
Réflexions BC2
L’habitation occupe une place croissante dans le débat public, portée par des besoins urgents et des enjeux de plus en plus complexes. Cette pression a replacé l’aménagement du territoire et l’urbanisme au cœur des réponses à la crise du logement, resserrant ainsi les liens entre les pouvoirs municipaux, la planification du parc immobilier et les subventions publiques. À première vue, cette convergence semble avoir délimité un champ clair : pouvoirs, financement, moyens, cadres réglementaires, répartition des responsabilités.
Des défis importants persistent néanmoins. Les organisations municipales manquent de visibilité et de prévisibilité sur le financement du logement. Les subventions gouvernementales suivent des programmes cycliques, dont certains sont reconduits et d’autres non. À cette imprévisibilité s’ajoutent des changements d’orientation : selon les priorités portées à différents paliers décisionnels, les programmes changent de nom et d’objectifs. Les subventions consacrées aux logements abordables diminuent, ce qui a aussi un impact sur le développement de ces projets.
De plus, les temporalités et les spatialités de l’habitation sont presque aussi variées que les individus qui la vivent. L’habitation touche la qualité des milieux de vie, les mutations démographiques, les contraintes des marchés de la construction, la conjoncture de secteurs connexes comme le tourisme et, surtout, les trajectoires de vie individuelles et collectives.
Ces réalités, observées à différentes échelles, exigent des données fiables. Des progrès notables ont été accomplis, notamment avec des initiatives récentes comme l’Observatoire sur le logement. Cet effort conjoint de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) et de l’Université McGill réunit, dans un seul outil, les données sociodémographiques et économiques nécessaires pour démontrer les besoins et accélérer les demandes de financement public.
Des organismes engagés comme le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) qualifient le contexte actuel comme l’une des plus graves crises du logement de l’histoire du Québec et du Canada. Cette situation découle de la combinaison sans précédent de l’effondrement des taux d’inoccupation, de l’envolée des prix de l’immobilier et d’une explosion de l’itinérance. À l’échelle mondiale, l’ONU-Habitat émet un constat tout aussi préoccupant : plus de trois milliards de personnes n’ont pas de logement convenable.
Au-delà du nombre de logements, la crise soulève désormais des enjeux de qualité : financier, infrastructurel, architectural, urbain, environnemental. La crise change ainsi de nature. Aux préoccupations sur le nombre de logements disponibles s’ajoutent maintenant des enjeux plus précis d’abordabilité et d’accessibilité, ouvrant la discussion sur l’intégration de l’habitation à des milieux de vie de qualité.
Cette transformation guide nos travaux en aménagement du territoire et en urbanisme. Le dossier Habitation des Réflexions BC2 constitue un prolongement direct de cette réflexion. Il offre un regard intégré sur la crise du logement avec l’intention d’agir concrètement sur les milieux de vie. Les multiples facettes de cette crise nous donnent l’occasion de transformer nos façons de concevoir la ville et d’habiter le territoire.
Ce dossier est construit à partir d’un dialogue entre des expertises diverses qui gravitent autour de l’appropriation territoriale : architecture du paysage, planification, aménagement du territoire, urbanisme, réglementation, action communautaire, architecture, design urbain, développement immobilier. Ces disciplines, souvent compartimentées, offrent ici l’occasion de se rencontrer.
Notre objectif est de faire résonner des problématiques souvent abordées de façon isolée, mais dont les répercussions se recoupent : le nombre de logements disponibles, l’insécurité des ménages, les effets de la conjoncture économique sur le marché, l’adéquation entre la capacité des infrastructures et la construction de logements, les incertitudes liées aux changements climatiques et, enfin, le désir de milieux de vie agréables, sécuritaires, porteurs de santé collective et abordables.
Nous voulons surtout dépasser certains constats sur les outils d’aménagement et d’urbanisme pour proposer des solutions à la crise du logement. Nous mettons sous la loupe les approches réglementaires, les nouvelles formes résidentielles, les séquences de développement des milieux de vie, les scénarios de croissance et les partenariats entre investisseurs.
À travers le dossier Habitation, nous aborderons les thématiques suivantes dans une série de publications, tout au long de l’année 2026-2027, destinées à un large public intéressé par les enjeux d’habitation :